Culture

Emile Morel : Le fantasme acidulé à profusion

Les mondes fantasmagoriques d’Emile Morel font l’ouverture des Imaginales qui se dérouleront du 23 au 26 mai. Des peintures numériques, où l’on se perd entre rêves et cauchemars. L’imaginaire dans ses dédales les plus profonds exposé à La Plomberie.

Si Michel Heinrich ne souhaite pas imposer ses émotions face à l’œuvre d’Emile Morel, c’est que l’artiste fait appel à tout ce qui est enfoui profondément en nous. A chacun d’en faire sa lecture…

Au premier abord, on se laisse attirer par les couleurs acidulées. « Des couleurs enfantines, remarque Fabienne, puis à la 2e lecture, c’est dur ! ».

Fascination

En s’approchant, « il y a une sorte de fascination pour ce monde onirique », qui retient le regard, interpelle. « C’est l’horreur déguisée ! traduit Julie. Mais ça ne me fait pas trop peur,  parce que c’est éphémère ».

Un enfant, regard scotché au tableau, semble complètement sous l’emprise de ce qu’il découvre, capturé, englouti par cet univers.

« J’adore, s’enthousiasme Constance. Je m’évade complètement. C’est magnifique, c’est super coloré, travaillé et plein d’humour dans les intitulés de tableaux ». La dérision, une autre façon d’aborder les tableaux…

Des superpositions de mondes

« Je m’interroge sur la place des enfants, s’étonne Emmanuel, dans un monde qui mêle nourriture et insectes écrasants… Il y a des niveaux infinis d’interprétation. Ça renvoie à des idées nouvelles. Les changements d’échelle, les superpositions de mondes dégagent des émotions qui renvoient au domaine de la science fiction ».

Des références filmographiques, mythiques, ou aux jeux vidéos, qui subjuguent Jean-Pierre Moinaux, conseiller régional chargé de la culture.

Un bouillon de cultures ?

Beaucoup de bulles, de bouillonnements, l’univers grouille. les abcès percent, mais difficile de déterminer si cette mouvance est positive ou négative. Il s’en dégage une impression contradictoire. Des gâteries acides, des feux d’artifesses qui dérangent, un moelleux dégoulinant, des débordements engloutissants jusqu’à la nausée.

Et ces enfants qui imprègnent les tableaux, sont figés dans une mélancolie ancienne. Des enfants vieillis trop tôt ? Ils paraissent immuables dans un monde en mutation.

« Je veux déranger »

« Le résultat est tellement créatif qu’on en oublie l’outil »,  s’émerveille Emmanuel, en informaticien converti.

Emile Morel a une fascination pour la mythologie et la cruauté des contes de fée. Il est cet enfant de 9 ans l’épée à la main sur laquelle danse une fée et protégé par un monstre, qui abesoin de l’imaginaire pour affronter l’inconnu.  « Je travaille avec des photos d’enfants du début du XXe siècle et je leur insuffle de la mélancolie. C’est l’image du paradis perdu. Et je veux que mes peintures soient drôles, qu’elles traduisent l’angoisse, l’humour et la violence. Je veux que ça grouille, que ça parle d’invasion, d’étouffement, d’explosions, de dislocations. Je veux provoquer, mettre mal à l’aise, parce que c’est comme ça qu’on avance » confie-t-il avec une passion froide.

Melting Pot

Il dessine depuis qu’il a 3 ans et « c’est vital !». Ses œuvres sont comme un piège qui attire le visiteur et qui, une fois qu’il est capté, lui dévoile un monde perturbant. « J’aime qu’on me bouscule et mes peintures sont un melting pot de toutes nos facettes les plus folles, des plus effrayantes aux plus évolutives. Il n’y a pas de mauvais goût. La vulgarité n’est pas là, où on l’attend ». Et quand Emile Morel bute sur une difficulté technique, il la transforme. Ainsi, l’eau devient une multitude de petits personnages. « Je n’ai peint qu’un tableau sur la nuit car je ne savais pas créer un univers plongé dans l’obscurité et les clairs-obscurs ». Des peintures qu’il conçoit à la souris, détail après détail, scotché une dizaine d’heures par jour à son écran !

A voir à la Plomberie, 46, rue Saint-Michel, jusqu’au 26 mai du lundi au samedi de 13h à 18h et les dimanches de 15h à 19h

 

B.Boulay

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