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FO – Non lieu pour les 4 salariés de Trane … après 6 ans de procédure !

4 salariés, des soudeurs expérimentés, avaient été licenciés en avril 2011 pour faute grave suite à une grève qui avaient mobilisé une grande majorité des salariés. Les 4 mis en cause ont toujours nié avoir dégradé quoi que ce soit ! Après 6 ans de procédure, le 27 avril 2017, la cour d’appel a rendu un non lieu qui les innocente.

En avril 2011, une grève « historique » secoue le groupe Trane pour le montant des salaires, mais pour surtout une réponse de l’entreprise affirmant « qu’on ne mélange pas les torchons et les serviettes » en parlant des cadres et des ouvriers. Cette allégation maladroite a mis le feu aux poudres. Choqués, les ouvriers revendiquent le droit au respect et se sont mis presque unanimement en grève.

4 salariés épinglés

4 salariés ont été pris en exemple « pour casser le mouvement de grève, même si on ne peut pas le prouver, on en est persuadé ! ». Malgré leurs protestations lors de l’entretien, Jean-Jacques Kopf, du service RH,  affirme avoir des témoignages de leur implication, mais sans présenter ces preuves au syndicat !

Licenciés pour faute grave

Le 29 avril 2011, 4 salariés sont licenciés pour faute grave. Un des salariés raconte :  » Un jour, un huissier est venu me signifier que je n’avais plus le droit d’entrer dans l’usine. Moi je ne voulais pas travailler à la Trane parce que c’était éloigné de chez moi, ce sont eux qui sont venus me chercher. Lors de l’entretien, on m’a parlé 10 secondes de ce qui m’était reproché. J’ai eu 18 jours de mise à pied. On m’a donné un solde de tout compte, environ 1000€ alors que les traites de la maison étaient de 1500€ ».

« Je me suis senti sali »

« J’avais 11 ans d’ancienneté. C’était mon premier poste, poursuit-il. Je me suis senti sali. J’étais accusé de quelque chose que je n’avais pas commis. Je n’ai jamais compris pourquoi ça m’était tombé dessus. Heureusement, on a eu le soutien des autres. Ce qui nous arrivait a soudé les ouvriers autour de notre cause. 6 ans plus tard, je suis toujours choqué, c’est viscéral ! ».

Une collecte des ouvriers pour leur venir en aide

« Il y a eu une collecte malgré la grève, alors que les ouvriers n’allaient pourtant pas toucher leur salaire intégral. Ça m’a sauvé financièrement. 5 jours plus tard, j’ai retrouvé un emploi dans une entreprise familiale. J’ai joué franc jeu en leur expliquant ce qui m’était arrivé. Ils ont bien voulu me prendre, mais le salaire n’arrivait qu’à la fin du mois. Ça faisait 2 mois de carence. »

Un drame humain

« J’ai commencé à aller mal quand mon collègue est décédé à 42 ans. Il avait 3 jeunes enfants de 3, 5 et 8 ans. J’ai fait des crises d’angoisse et je ne souhaite à personne de vivre ça et j’ai dû me faire suivre par une psychologue ». Il y a eu une vraie solidarité autour des 4 licenciés. « Les ouvriers n’ont jamais accepté qu’on reprenne leurs casiers. Il n’y a pas une semaine sans qu’on nous demande de leurs nouvelles », Patrick Husson, délégué FO Trane. Leurs photos figurent toujours sur les compte-rendus de FO.

C’est le ciel qui vous tombe sur la tête

Un salarié est décédé un an après en 2012. « On ne peut pas faire le lien de cause à effet mais il était suivi pour hypertension, reprend Franck Pattin, secrétaire général de FO. Quand on est licencié pour faute grave, on n’a rien, pas de chômage, les congés ne sont pas payés, c’est le ciel qui vous tombe sur la tête ! Sa femme est persuadée que c’est le stress qui a aggravé son état. On continue la procédure pour lui au nom de ses héritiers ».

Marqués par la faute grave

Un 2e travaille toujours en intérim et le 3e vient seulement de décrocher un CDI. Il a 5 enfants à  charge et sa femme ne travaille pas. « Quand on est marqué licenciés pour faute grave, ça vous suit partout, même si vous n’y êtes pour rien ! Ce sont des soudeurs très qualifiés, on en manque alors s’ils ne retrouvent pas de poste, c’est bien la conséquence de ce marquage ».

6 ans de préjudice moral et financier

« Il y a un vrai drame humain derrière ces licenciements ! insistent les délégués FO. « Quand on vous dit droit dans les yeux : j’ai des témoignages qui les incriminent, c’est une responsabilité. Aujourd’hui, on a la preuve qu’ils n’avaient rien du tout. Il va falloir qu’ils payent pour le préjudice subi ». »Pour l’ensemble des collègues, les 4 licenciés sont des martyrs », complète Jean-Louis Viallard.

Licenciements abusifs

Le jugement du 27 avril rend le licenciement abusif. La procédure des prud’hommes qui était gelé dans l’attente du jugement pénal va pouvoir être réactivée. « Il y a un vrai préjudice moral et financier, estiment les délégués, mais peut-être que les dirigeants actuels de Trane qui assument pour leurs prédécesseurs, pourraient mettre en application leurs valeurs de  respect et proposer la réintégration. Je veux y croire, suggère Jean-Louis Viallard. S’ils sont honnêtes, ils feront un geste ».

Que leur honneur soit lavé !

On avait proposé de payer les soi-disant dégradations et que les salariés accusés soient réintégrés, mais Trane avait refusé. Les salariés, eux, ont besoin que leur honneur soit lavé. Pour eux, c’est un acte symbolique d’une extrême importance. Pendant 6 longues années, ils ont été rejetés comme coupables de faits qu’ils n’avaient pas commis. Ils en ont souffert ! Ils n’ont jamais compris un acte d’une telle violence ! La procédure prudhomale en stand by le temps du jugement pénal est relancée. L’audience est prévue le 3 juillet.

 

 

B.Boulay

Journaliste, c'est mon job ! J'aime les rencontres qu'il suscite, la diversité des milieux où il nous mène, les enjeux qu'il explore. J'apprécie le jeu de fil de fériste de l'éthique, qui parfois nous complique bien la vie... Après plus de 15 ans d’actualités locales, ACTU 88 est né. L’essentiel en toute simplicité. ACTU 88, c’est un journal indépendant, une aventure, un regard. C’est l’histoire d’hommes et de femmes qui donnent du sens à des projets. C’est la vie d’un territoire face aux enjeux de l’avenir. Faites-en un favori et contactez-moi ! ACTU 88 sera ce que vous en ferez ...

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