ActualitésEconomieEnvironnement

JA : « François, ne nous laisse pas tomber, on est si fragile ! »

Jeudi, les Jeunes Agriculteurs tenaient leur AG départementale à Dompaire. Ils débordent d’imagination mais derrière l’humour, ils font passer leur message. Les contraintes et les charges augmentent, les prix et les revenus baissent, il faut aider les éleveurs !

Les 7 présidents de canton y sont allés de leur couplet. Tout le monde en a pris pour son grade. Les médias, qui donnent de l’ampleur aux dysfonctionnements, et « dont les agriculteurs restent tributaires », les politiques « qui ont du mal à comprendre les réalités», les procédures administratives sous lesquelles les JA croulent, les normes qui les obligent à réinvestir avant d’avoir sorti la tête des emprunts, les sangliers « nourris » par les chasseurs, le foncier réservé aux développements urbains et aux zones d’activité, les loups, les castors … et bien sûr, la réforme de la PAC !

« Dans 10 ans, vous n’aurez plus de producteurs pour vos fromages »

« Ras le bol de cette politique qui consiste à décourager les éleveurs ! », lance Gaëtan Bastien, président du canton de Lamarche.

Et quand faut-il épandre ? Pas quand il neige, pas le week-end, pas quand il pleut, pas … facile de sortir son épandeur avec les nouvelles dispositions de la directive nitrate !

« Les chasseurs qui nourrissent les hardes de sangliers, vont mettre leurs jardins à disposition de nos bovins, » suggère un autre.

Mais pour Stéphane Oudin du canton de Neufchâteau, le malaise va loin, puisque les agriculteurs installés n’osent plus recommander à leur stagiaire de se lancer dans la production de lait. « Dans 10 ans, si vous continuez comme ça, vous n’aurez plus de producteurs pour faire vos fromages », alerte-t-il.

Tout le monde veut « bouffer », mais sans rien dépenser

Autre souci, les petites exploitations disparaissent au profit de grosses unités qui ne sont pas reprises. « J’ai la tête dans le guidon, pas le temps de chômer. Avec toute cette paperasse, je deviens fou…Mes charges n’arrêtent pas de grimper… J’ai investi dans le lait, c’est pas si facile. Traçabilité, rentabilité. Tout le monde veut bouffer, mais sans rien dépenser ». Alors « François, ne nous laisse pas tomber, on est si fragile » chantent en duo Julien Chevrier et Céline Mayot du canton de Vittel. Le tableau est brossé, ce n’est pas la Star’Ac, mais c’est la PAC.

Il ne reste  à Pierre Cosserat de Chatel-sur-Moselle qu’à compléter le tableau avec le manque de « véto ». Des vétérinaires tellement peu nombreux  qu’il faut parfois attendre 3 jours qu’ils interviennent !

« Aucune entreprise ne vend à perte, sauf nous ! »

Quant aux sangliers, qui retournent  60% ou 80% des champs, il suffit de « laisser les agriculteurs s’en occuper, il n’y aura plus de problèmes », propose Alexandre Conraud, du canton de Bulgneville.

« Aucune entreprise n’a le droit de vendre à perte, mais nous, depuis 2 ans, on vend tout à perte », dénonce –t-il.

Pour le prouver, ils lancent un juste prix entre 1983 et 2013. S’il est indéniable que la baguette, le timbre, le fuel et les engrais ont largement augmenté, le prix du lait, lui, est toujours le même 30 ans plus tard ! « S’il y a eu explosion des matières 1ères, on est les grands oubliés », conclut la joyeuse bande.

Si on ne fait rien, on ne gagne rien

« J’aime bien les paroles, mais  je veux des actes, poursuit Régis Barthélémy, mettant sur la table le problème des Castors et « une réunion sur le sujet avec le sous-préfet et Christian Franqueville député, où les agriculteurs n’étaient même pas invités ». On ne peut plus patienter. Si on ne fait rien, on ne gagne rien. Nous, on n’est pas des élus ! ».

Bon, s’ils ont de la verve et du mordant, les JA savent aussi s’organiser et réagir. L’opération paille en est un exemple. Après le gel prolongé de 2011, le déficit de paille était estimé à 50 000T. Pendant 2 mois, 50 jeunes agriculteurs se sont mobilisés pour organiser un convoi, qui ramene de la paille des départements moins sinistrés. 1200 camions ont acheminé la paille de l’Ouest vers l’Est, dont 13 000 T dans les Vosges, les 18 et 19 octobre. Le dernier convoi, 5 à 6 tracteurs à pédales avec leur botte de paille, a d’ailleurs traversé fièrement l’assemblée.

Majoration avec actifs ou sans actifs ?

Après cette libre expression, la réforme de la nouvelle PAC est au menu et particulièrement la majoration des 50 premiers ha. Une mesure qui pourrait être intéressante si tous les actifs de l’exploitation sont pris en compte et défavorable si cette majoration est attribuée par exploitation, quels que soit le nombre d’actifs qui y travaillent.

«  Actuellement, la PAC, c’est notre revenu. Si les pouvoirs publics étaient capables de faire pression, pour que la grande distribution paye les producteurs plus cher et que les prix d’achat soient rémunérateurs, on n’aurait plus besoin des aides de la PAC et on préfèrerait ne pas dépendre des subventions. On voudrait vivre de ce qu’on produit, mais nous, agriculteurs, nous subissons la PAC, plus que nous la gèrons », conclut Yohann Barbe, secrétaire général des JA.

B.Boulay

Journaliste, c'est mon job ! J'aime les rencontres qu'il suscite, la diversité des milieux où il nous mène, les enjeux qu'il explore. J'apprécie le jeu de fil de fériste de l'éthique, qui parfois nous complique bien la vie... Après plus de 15 ans d’actualités locales, ACTU 88 est né. L’essentiel en toute simplicité. ACTU 88, c’est un journal indépendant, une aventure, un regard. C’est l’histoire d’hommes et de femmes qui donnent du sens à des projets. C’est la vie d’un territoire face aux enjeux de l’avenir. Faites-en un favori et contactez-moi ! ACTU 88 sera ce que vous en ferez ...

Articles similaires

Voir Aussi
Fermer
Bouton retour en haut de la page