La violence faite aux femmes « à visage découvert »

Aujourd’hui, Karine B exposait les photos réalisées par Senso, un ami photographe, pour raconter par quels états passe la femme qui subit des violences, dans quel enfermement, elle se noit, ne sachant même plus que le soleil existe. Karine B veut briser le silence, pour que d’autres femmes y trouvent un espoir, un radeau, le désir de se battre pour émerger. L’exposition sera visible au Commissariat de police jusqu’au 15 juillet.

« Mon idée, c’est d’ouvrir ce lieu public à l’expression d’un thème en lien avec notre corps de métier et la violence faite aux femmes constitue l’une de nos préoccupations essentielles », déclare le commissaire Michel Klein. C’est le Commandant Bertrand Dubuc, qui s’est occupé de mener à bien le projet.

Enfermée, déchirée, éteinte

Karine B est restée 15 ans sous l’emprise d’un homme séduisant auquel elle était accroc. En noir et blanc, son enfermement. Elle aperçoit la lumière de l’autre coté, mais n’y a pas accès. Mains entravées, enchainée à cet homme pieds et poings liés, elle n’arrive plus à penser par elle-même. Elle perd ses repères, n’a plus conscience de la réalité. Elle se recroqueville sur elle-même en position défensive et tente seulement de se protéger des coups. On la voit inanimée au milieu des débris de béton d’un sol fracassé. Sa personnalité s’est éteinte, tuée par les assauts répétés, recouverte par les gravats.

Une issue existe

Et puis un escalier qui ouvre les possibles. Pieds nus, démunie, elle s’élève et s’ouvre aux nuances colorées du monde extérieur. Il lui faudra du temps pour découvrir cet ailleurs. De dos d’abord craintivement, puis plus avidement en s’offrant aux sensations, en se cherchant, puis plus libérée. C’est ce cheminement qu’elle veut transmettre. Oui, la violence vous détruit. Vous ne savez plus qui vous êtes, ni si vous voulez quelque chose. Mais il est possible de sortir de cet enfermement. Une issue existe. Il faut la chercher. La vie le vaut bien et vous aussi !

Un cri pour celles qui sont réduites au silence

Karine sourit, glisse une mèche virtuelle derrière son oreille. La foule la rend encore mal à l’aise. Les angoisses laissent des traces. Mais elle ne laisse rien transparaître. Il faudra qu’elle nous l’avoue, beaucoup plus à l’aise dans la relation individuelle. « C’est une reconnaissance pour toutes ces victimes qui sont encore aux prises avec ces violences, explique-t-elle. Je parle pour celles qui sont encore dans le silence le plus complet, enfermées, enchaînées, coupées de tout« . Karine veut briser le silence, raconter ce que ces femmes subissent mais parler est parfois difficile. Elle privilégie le langage du corps. « On sent bien ce que vous avez voulu faire passer », confirme le procureur, Étienne Manteaux.

Encore loin du compte

Senso, son ami qui connait aussi la souffrance, capte cette chorégraphie en noir et blanc puis en couleurs. Ça ne fait que 3 ans, qu’elle a retrouvé sa liberté. Elle s’est reconstruite et parait forte et vulnérable à la fois. Le regard lumineux, on sent qu’elle s’est trouvé un but. Le chemin est long mais elle avance avec une relative confiance. « Je suis venue ici avec ma fille, il y a 5 à 6 ans. J’étais en sang et on m’a dit d’aller m’asseoir avec les autres ! ». Évidemment, elle a fui … Du chemin a  été parcouru, mais on est encore loin du compte. « Une femme qui arrive doit être tout de suite prise en charge, entendue et protégée », insiste-t-elle.

Aujourd’hui, on en parle…

Karine B a compris ce qui lui arrivait en découvrant le syndrome de Stockholm, où la victime par instinct de survie est liée émotivement au manipulateur. « J’ai dû voir un psychologue pendant 4 ans. Je n’avais plus d’existence.  tel point que quand Senso m’a demandé ce que j’aimais, je ne savais pas répondre ».  Cette expo, c’est un cri pour toutes ces femmes ! En tout cas, on en parle …

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