Ces hommes et ces femmes de la rue …

« Il y a suffisamment de places d’accueil d’urgence dans les Vosges, affirmait le préfet. Elles seraient même sous utilisées ». Et pourtant, des hommes et des femmes sont dans la rue par 2°C sans solution, simplement parce qu’ils sont « primo arrivants » et que pour eux, il n’y a pas de place ! Encore un couple en détresse cette semaine… Témoignage.

Ils s’appellent Sadije et Nasser Bahtiju. Ils arrivent du Kosovo. Ils sont là depuis une semaine, balloté à droite, à gauche, chez les uns chez les autres. Ils sont fatigués, gelés, parce qu’ils  marchent longtemps dehors dans la rue, quand personne ne peut les accueillir. « Nasser a mal aux pieds, parce qu’il a marché du matin jusque 22h dans le froid et il n’arrive pas à se réchauffer ».

Pas devenir Djihadiste

Ils ont partis parce que leur pays est agité de guerres haineuses de tribus, de guerres de croyance. Nasser est mécanicien. Il vivait de petits boulots parce qu’il avait du mal dans ce contexte à trouver un travail fixe. Il devait être recruté par l’Imam pour être envoyé faire la guerre en Syrie. Il ne voulait pas devenir djihadiste.

Menaces de mort

Autre problème certainement lié à des histoires ethniques. Les parents de sa femme ne voulaient pas qu’elle épouse Nasser, jugé trop pauvre et incapable de l’entretenir. Il y a avait des menaces de mort et au Kosovo, trouver des mercenaires pour tuer est monnaie courante en ces temps de désordre. « Le Kosovo vient d’être retiré de la liste des pays en paix dans les accords de Genève », confirme Jean-Louis Didelot.

Ensemble ailleurs en france

Pour fuir ces menaces, le couple a préféré accepter les risques d’un passage à l’étranger. On les a conduit en Hongrie, où ils ont été pris par la Police, qui leur a proposé de faire une demande d’asile, mais ils ont refusé. Ils voulaient aller en France. Ils ont rejoint le passeur, ont payé le passage 6000€ provenant de la vente d’une petite terre dont ils avaient hérité et qu’ils ont vendu pour s’en aller. Et ils sont arrivés à Épinal vendredi dernier sans rien. Ils savaient que ce serait dur mais préférait cette situation aux menaces qu’ils vivaient dans leur pays.

Arrivés, il y a une semaine

Depuis une semaine, ils sont recueillis par des membres du Collectif qui, quand ils n’ont personne leur paye une chambre d’hôtel, parce que c’est inconcevable de laisser des gens dormir dehors en hiver ! Mais en tant que primo arrivant, c’est à dire arrivant pour la première fois dans un pays, de manière illégale, ils n’ont aucune possibilité d’accueil. Le CADA, centre des demandeurs d’asiles ne peut les accueillir que lorsque la démarche de demandeur d’asile est enclenchée à Metz et ce n’est pas avant janvier.

Pas de primo-arrivants dans les hébergements d’urgence

Ce couple a rendez-vous le 11 décembre avec la plateforme des demandeurs d’asile à Épinal pour enclencher sa demande de régularisation, qui leur donnera un rendez-vous pour la préfecture de Metz. Mais en attendant, le 115 a des consignes pour ne pas les accepter, les centres d’hébergement également. « Nous téléphonons régulièrement au 115, qui nous dit qu’il n’a pas de place. L’autre jour, nous avons été au Beillard (centre d’accueil d’urgence à Gérardmer) et ils ont ouvert une salle de réunion et leur ont installé un couchage d’appoint avec des matelas et des couvertures, raconte Jean-Louis Didelot. C’était bien mieux que rien, mais le lendemain, les gendarmes ont dû venir les chercher et les ont laissés à l’arrêt de bus du Beillard« .

Juste une question d’humanité

Ils  n’ont pas pris le bus. Pour aller où ? Ils ont marché à pied, de Gérardmer à Saint-Nabord pour rejoindre la seule personne qu’il connaissait Raymond Claudel, parce qu’il les avaient hébergés une nuit. « Je ne fais pas de politique. Je  ne contre pas la politique des Vosges en matière d’immigration. Ce que je fais, c’est par pure humanité, parce qu’on ne peut pas laisser des gens chez nous, vivre comme ça dans la rue en hiver !« . Pour lui, c’est incompréhensible en France ! « Il manque un volet au 115, pour faire son boulot. Régler le problème de ces gens est une chose, l’accueil d’urgence en est une autre !« .

C’est ça l’accueil d’urgence dans les Vosges

« Le collectif ne peut pas les prendre en charge. Il compense juste le manque des services de l’État en termes d’accueil d’urgence, mais le Collectif n’a pas les moyens d’assurer un hébergement prolongé. Il faut que l’État reprenne le relais et trouve des solutions pour ces gens en attente d’une autorisation de séjourner sur le territoire. Visiblement pour l’instant, il y a clairement un refus de les prendre en compte », se désole Jean-Louis Didelot.  L’accueil d’urgence pour les primo-arrivants dans les Vosges, c’est exactement ça !

 

 

 

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page