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Pierre Rabhi : Il y a une intelligence à retrouver !

Pierre Rabhi était vendredi à la Rotonde devant plus de 800 personnes et il a fallu en refuser ! Avec sa simplicité habituelle, il dit les choses sans mâcher ses mots, avec une pointe d’humour, mais le message est clair : l’humanité est en danger ! On est dans une ère de la prédation légalisée et on vit dans l’insatisfaction permanente.

« J’ai 800 demandes de conférences, explique Pierre Rabhi. Si je suis venu à Capavenir, c’est parce que j’y ai des amis comme Jean-Pierre Vorgy ou Jean-Guy Henckel. On s’est battu ensemble en Afrique et j’ai plaisir à les retrouver ».

Il y a un accaparement des gagneurs d’argent

L’occasion de valoriser « ces prototypes bien élaborés, que sont les jardins de Cocagne, équilibre ed production respectueuse de la nature et des hommes, qui devraient se propager ! ».  Le monde aujourd’hui marche sur la tête : une personne sur 7 souffre de la faim alors que dans les pays dit « développés », on soigne les gens malades à force de trop manger ! « On produit assez pour nourrir tout le monde, mais il y a un attentat de trusts et gagneurs d’argent ! ». 

Un appel à l’insurrection des consciences

C’est avec amusement qu’il raconte que l’aventure a commencé quand on lui a demandé d’être candidat à la Présidence en 2002, parce que les politiques oubliaient les enjeux fondamentaux et que les élus faisaient alors de l’acharnement thérapeutique. « J’ai tergiversé : j’y va-t-y, j’y va-t-y pas…, raconte-t-il, c’était une belle opportunité de poser les problèmes », un appel à l’insurrection des consciences comme il aime dire.

Coincés dans un système esclavagiste

« Nous sommes coincés dans un système esclavagiste, consignés à vie à produire pour augmenter le produit intérieur brut pour contribuer à cette féodalité planétaire, où les milliardaires confisquent l’essentiel des ressources. Entre 30 et 40 % de ce que nous produisons est superflu. Et sommes-nous vraiment heureux ? On n’a jamais consommé autant d’anti-dépresseurs ».

Sortir de la subordination de la femme

Il dénonce une éducation basée sur la compétition, sur une sélectivité définie par le système lui-même, « dont l’une des grandes problématiques est la subordination de la femme. Sur l’ensemble de la planète, le masculin domine le féminin. Or il faut équilibrer le féminin et le masculin. L’homme est devenu hors sol, hors de la logique de la vie« .

Les contradictions des cultures

En 2002, l’équipe a collecté 200 signatures, prouvant que ces préoccupations humanistes qui leur tiennent à coeur, parlaient aux citoyens ! « Ce n’est pas d’aujourd’hui que je suis en insurrection, reconnait Pierre Rabhi. Je suis passé d’une famille musulmane à une famille chrétienne, du pas d’alcool ni de porc à du porc et du vin en Bourgogne, ce fut mon initiation aux contradictions des cultures« .

En passant à table, il vaut mieux dire Bonne chance que bon appétit !

Le genre humain a-t-il un sens ?  Nous mettons en route le système de notre éradication et quand nous nous mettons à table, il est plus cohérent de nous souhaiter bonne chance que bon appétit ! Si la terre est gorgée de chimie, on la tue ! Et le seul qui joue une fausse note, c’est l’être humain !

C’est la crise de l’être humain lui-même

Pour lui, les enfants sont trop tôt dans le virtuel, avant même d’avoir pris conscience de ce qu’est la réalité. D’où un décalage dans la perception de cette réalité. La terre mère est le fondement de notre survie et elle est polluée. Il faut élever la prise de conscience et sensibiliser les enfants. Le bio , c’est une conscience. Et la crise de l’humanité, c’est une crise de l’être humain lui-même.

On a perdu l’instinct de gratitude

À cette crise, un seul remède pour Pierre Rabhi, la relation d’amour qui est, la plus grande source d’énergie. Comment bien vivre ensemble, quand nous passons plus de temps à mobiliser nos aptitudes à tuer plutôt qu’à l’art de vivre. La communauté doit générer du bonheur. La joie est un état sublime plus compliqué à atteindre quand on a perdu cet instinct de la gratitude, d’apprécier les bonheurs du moment.

Existe-t-il une vie avant la mort ?

Certains se posent la question : « Existe-t-il une vie après la mort ? » Je n’en sais rien, mais le problème est : « Existe-t-il vraiment une vie avant la mort ? » Toute la question est là : est-ce qu’aujourd’hui il n’y a pas lieu de mener tout un travail pour que nous soyons heureux d’être en vie ? On ne devrait avoir qu’une politique de la vie, mais aujourd’hui la confusion est totale, le capitalisme financier a investi la gauche comme la droite.

L’homme est hors sol

On fait de la croissance en épuisant toutes les ressources, en exterminant la flore, la faune. Nous sommes dans une espèce de folie généralisée qui fait que l’être humain devient une espèce qui navigue sans aucune boussole. Nos aptitudes sont dédiées à l’art de tuer plutôt qu’à l’art de la vie. L’homme est devenu hors sol, hors de la logique de la vie.

Entrer dans la performance de la modération

Il faudrait maintenant que nous entrions dans une logique de la performance par la modération, et non pas la performance du toujours plus, parce que si nous continuons à appliquer la règle de la prédation légalisée par l’argent, les gens vont se retrouver à gérer un dépôt de bilan généralisé. Les générations futures seront dépendantes. La planète s’en tirera, mais pas l’humanité.

Il y a une intelligence à retrouver

L’école devrait être, au contraire, le lieu de la complémentarité, où le talent de l’enfant ne puisse pas être nié sous prétexte qu’il ne correspond pas au cadre, où dès le plus jeune âge les lois de la vie et l’écologie sont enseignées. Il y a une intelligence à retrouver : il faut parvenir à ce que la coopération entre les humains, la coopération des humains avec la Nature, deviennent un impératif absolument incontournable. Mieux vaut être dans la sobriété et être heureux !

B.Boulay

Journaliste, c'est mon job ! J'aime les rencontres qu'il suscite, la diversité des milieux où il nous mène, les enjeux qu'il explore. J'apprécie le jeu de fil de fériste de l'éthique, qui parfois nous complique bien la vie... Après plus de 15 ans d’actualités locales, ACTU 88 est né. L’essentiel en toute simplicité. ACTU 88, c’est un journal indépendant, une aventure, un regard. C’est l’histoire d’hommes et de femmes qui donnent du sens à des projets. C’est la vie d’un territoire face aux enjeux de l’avenir. Faites-en un favori et contactez-moi ! ACTU 88 sera ce que vous en ferez ...

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