Plombières-les-Bains – Le verre au Chalumeau s’offre le casino !

Depuis vendredi, pour cette 2e édition du Festival, les chalumeaux carburent, le verre se gondole, s’affine, se file ou s’arrondit, les couleurs irisent, et la fascination opère. 5000 visiteurs se sont laissés séduire par la virtuosité de ces 26 artistes du monde entier venus présenter leur art.

Le travail du verre est magique … La transformation de la matière en une oeuvre d’art suit un cheminement propre à chaque artiste. Depuis vendredi, ils sont un peu moins d’une trentaine à fasciner les foules. Les maîtres verriers sont venus de Suisse, d’Allemagne, de Belgique, de Suède, des Pays bas, d’Italie, du Brésil, de Grande Bretagne et même des États-Unis.

Kenan Tiemeyer, invité d’honneur

Kenan Tiemeyer, une pointure aux États Unis, est l’invité d’honneur. C’est sa première virée en France. Il travaille le verre en sphères et y inclue des métaux d’or et d’argent qui diluent tout un monde imaginaire de formes et de couleurs, de traces et de mêlées. « On est sur la lune », commente Eddie Legus, le verrier à l’initiative du Festival.

« Être verrier, c’est rendre la matière vivante »

Lui est né à coté à Baccarat. Il est tombé dedans enfant vers 12 ans et il a été subjugué par la transformation de la matière, la transparence du verre, le prisme des couleurs. « Cette matière, ce miel qui fond, devient visqueuse mais durcit vite, c’est extraordinaire ! s’enthousiasme-t-il. C’est très aérien. Il y a un effet de légèreté, concède-t-il.  Être verrier, c’est faire bouger la matière dans l’espace, c’est la rendre vivante. » Une naissance…

« On n’imagine pas qu’on puisse faire quelque chose au chalumeau »

Pour lui, le verre « travaillé à la canne » a volé la vedette au verre « au chalumeau », mais il a récolté le contrecoup de sa popularité. Il a dû faire face à l’industrialisation.  Trop de popularité pour l’un a étouffé l’autre : « On n’imagine pas qu’on puisse faire quelque chose au chalumeau ». Et c’est pour faire connaître cette technique du verre artistique qu’il a organisé le festival, en  attendant de pouvoir ouvrir cette école « qui attend depuis 2 ans 1/2 que la commission de sécurité passe l’agréer ! »

Transmettre la technique de cet art

« Le diplôme existe mais il n’y a pas d’endroits où l’on apprend la sculpture artistique du verre« , défend-il. Il veut y remédier.  C’est pour ça que cette école lui tient à coeur, même s’il forme déjà des verriers sous forme de stages courts. « J’ai eu la chance qu’on me fasse partager ce savoir faire et qu’on me montre« ,  explique encore Eddie Legus en évoquant avec dévotion sa rencontre avec René Georges Baillet alors meilleur ouvrier de France, dont il a tout appris. Il estime que c’est à son tour de transmettre son art.

Un dosage de vitesse d’exécution et de poses

Lors du festival, chaque artiste a un chalumeau en poste fixe avec un mélange d’oxygène et de propane qui peut monter à 2300°C. Il a du verre, du borosilicate, une matière qui durcit assez vite et résiste aux grands écarts de température. « Un coup de vent suffit à faire exploser une pièce en travail ! », précise le verrier. »Quand on sculpte le verre, il faut aller vite. On ne peut pas hésiter sur une forme. Il faut que les gestes coulent pour qu’on puisse lui donner les volumes attendus ». Vitesse de réalisation, mais pour mieux se poser quand il faut affiner. « Un savant dosage… ». À chacun de s’exprimer !

Sensibiliser à l’art plus émotionnel

« Avant de venir ici, confie Kenan Tiemayer, je ne savais pas ce qu’il se passait en verrerie en Europe« . Pour lui, les techniques utilisées au Festival sont celles qu’employaient les États-Unis, il y a une dizaine d’années. Et s’il n’est jamais venu avant, c’est tout simplement qu’il n’avait jamais été invité. « A partir des mêmes techniques de bases, on peut évoluer vers des oeuvres plus graphiques et plus expressives« . Il apporte la technique des inclusions d’or et d’argent qui est peu connue en France.

Un premier pas vers plus d’échanges

« C’est intéressant de voir comment les gens réagissent à mes sphères, commente-t-il. Pour lui, le festival est un premier pas vers plus de partage. Il espère bien sensibiliser le public à ces nouvelles techniques, qui permettent de faire le pas des objets utilitaires à l’art créatif. Tous les artistes apprécient de pouvoir se rencontrer, découvrir comment chacun exploite son talent. Mauro Vianello, de Venise, met ses petits animaux colorés en scène, Sébastien Garrigue d’Alsace, travaille les perles sous toutes leurs déclinaisons. À chacun son univers et son appropriation des techniques, mais tous apprécient l’intérêt de la clientèle et la beauté du site où ils sont accueillis.

Et la quarantaine en 2016 !

La prochaine édition devrait réunir encore plus de d’artistes verriers. Déjà parce que la manifestation fait sa place, mais surtout parce que les organisateurs vont essayer de décaler la date pour que le Festival de verre au chalumeau de Plombières-les-Bains et le Festival de verre soufflé des Pyrenées ne se chevauchent pas. « Il n’y a pas loin de 500 verriers maintenant en France« , compte Eddie Legus, qui en espère une quarantaine pour 2016 !

 

 

Un désir de créer des histoires visuelles et communiquer des points subtils de l’expérience humaine conduit Kenan à obtenir un diplôme de baccalauréat en Communications avec une spécialisation en production cinématographique et vidéo. T

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