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Radicalisation – Comprendre pour prévenir et agir tôt

Conférence débat vendredi soir à l’amphithéâtre de droit à Épinal pour évoquer la radicalisation avec la Ligue des Droits de l’homme et le philosophe Thierry Receveur et réfléchir aux moyens de lutter contre ce fléau.

On parle de plus en plus de « radicalisation » avec une montée en puissance de ce terme depuis les attentats contre Charlie hebdo. Le mot « radicalisation » vient du latin radix, qui signifie « aller à la racine ».

La charia pour remplacer la démocratie

La radicalisation désigne les personnes qui veulent remplacer la démocratie par une organisation basée sur la loi islamique (la charia). Une idéologie « fanatisée » qui justifie pour eux, d’utiliser la violence et les armes pour arriver à leurs fins. Il y a ceux qui pensent comme eux et les mécréants qu’il faut tuer.

Combattre les dérives

Mais l’Islam n’est pas une idéologie, c’est une religion et l’islamisme n’est pas l’islam. » L’état islamiste s’est autoproclamé. C’est un échec complet. Les musulmans n’ont pas suivi« ,  commente le conférencier, Thierry Receveur, avant d’ajouter : « Le Coran est un livre difficile … et on peut se radicaliser dans toutes les religions. » Ce n’est pas l’islam, mais les dérives qui sont en cause.

Un fanatique pas humaniste

Il y a du fanatisme dans la radicalisation. « Le fanatique est un individu qui a un gros problème de discernement, qui est incapable d’avoir une opinion par lui-même, poursuit le conférencier. Il en adopte une et s’y tient ». Les croisades par exemple sont un mouvement de masse au bénéfice d’une idéologie qui se veut humaniste. « Mais les radicalisés n’ont pas cet humanisme« .

Le radicalisé conteste la société judéo chrétienne

Les radicalisés ne supportent pas notre société judéo-chrétienne. Ils contestent l’ordre établi. Ils sont contre la démocratie, contre la laïcité, contre les Droits de l’homme, contre la société libérale, contre la société post-coloniale, contre la société scientiste et technologique. Mais qu’est-ce qui provoque le basculement radical ?

Un exclu ou en passe de l’être

Le radicalisé ne trouve plus sa place dans le système. »On a un système scolaire basé sur la sélection, conçu pour reproduire une élite. On fait en sorte qu’il n’y ait pas de mixité. Il y a des voies d’excellence et des voies d’exclusion. L’émulation se fait par la compétition, même en sport, au point qu’on en arrive à tricher,  analyse Thierry Receveur, Professeur de philosophie au Lycée Claude Gellée d’Épinal. Quand le jeune comprend que cette voie d’excellence n’est pas pour lui, il cherche à rester droit en rejetant tout le système. La radicalisation lui rend une dignité, une mission dans la société. »

On crée les conditions du chaos

« Notre société va mal par le culte de soi et l’individualisme, poursuit-il. Avant, la souffrance était en lien avec le complexe d’Oedipe (canalisation des pulsions, intégration des interdits), maintenant c’est le complexe de Narcisse (amour de soi, dualité de ses contradictions), explique le conférencier. Le libéralisme repose sur l’individualisme. On en est là aujourd’hui. On a développé des comportements individualistes. On crée les conditions du chaos« .

Le concept d’accélération

A ce rejet d’un système, s’ajoute la souffrance du temps qu’on ne maîtrise plus. C’est le concept d’accélération développé par Hartmut Rosa.« Avec les nouvelles technologies, tout se joue en temps réel. Pressé par la compétitivité, le patron va mettre son salarié en position de stress voire d’échec en lui fixant des objectifs trop élevés qu’il aura du mal atteindre. Il risque de ne plus se sentir à la hauteur et c’est une souffrance ». Une vulnérabilité que les rabatteurs n’hésitent pas à exploiter. Ils vont même jusqu’à prévoir les objections et les réactions de l’entourage pour mieux installer leur emprise.

Désynchronisation des rythmes

« Les jeunes eux vivent en temps réel et y sont à l’aise, alors que nous avons toujours un train ou 2 de retard. Quand on croit maitriser le temps, on est déjà Hasbeen. Il faudrait un système de régulation, mais celui-ci semble impossible à mettre en place dans le cadre de la démocratie qui par définition prend du temps. Pourtant, cette accélération ne cesse d’engendrer de nouveaux problèmes de désynchronisation. Hartmut Rosa annonce d’ailleurs une fin imminente du système« . Un argument qui sert aussi aux islamistes, puisque la fin est proche, il faut gagner son ciel.

 Le radicalisé ne s’aime plus

C’est le « Je vous aime beaucoup moins que mon Dieu, mais bien plus que moimême » de Polyeucte de Corneille (acte IV).  Le radicalisé est isolé ou en lien par Internet  avec de petits groupes. Il s’isole de plus en plus. Il ne sent plus rien de commun avec ses amis et sa famille, il se sent vide mais il sauve les apparences. On parle beaucoup des jeunes, mais on peut se radicaliser à tout âge.

La fascination de la mort

« Vous voulez donc mourir ? » demande Néarque à Polyeucte. « Vous aimez donc à vivre ? » lui rétorque-t-il. Les radicalisés ont une fascination pour la mort qu’il est difficile de comprendre parce qu’elle n’a plus rien de rationel. Ce qu’ils n’ont pas réussi, ils vont le réaliser par leur mort. Comme l’a écrit Nietzsche dans l’Antéchrist : « Les martyrs furent un grand malheur dans l’Histoire : ils séduisirent ». Le radicalisé n’attend pas quand il a décidé d’en finir : c’est ici et maintenant !

Il n’y a plus de cohésion sociale

« La démocratie est un projet politique, qui vise la cohésion sociale. La démocratie repose sur la solidarité et nécessite d’avoir la même loi pour tous les citoyens. C’est tous ensemble et pas d’exclusion. Actuellement, il y a de la cohérence, mais plus de cohésion sociale. On a tellement séparé les différents niveaux, qu’on a une France périphérique qui déteste la France d’en haut. Si les règles restent faites pour le cheval de course, l’âne n’a aucune chance, mais en montagne, c’est le cheval de course qui n’a plus aucune chance, illustre le philosophe.

La morale religieuse prend le pas sur la républicaine

« La morale est universelle ou elle n’est pas. Le relativisme est la porte ouverte à la violence. Et il est nécessaire que la morale religieuse et la morale républicaine cohabitent. On est en train d’assister au retour de la morale religieuse parce qu’on a cru les principes républicains acquis. On ne les a pas défendus. Notre tort a été de croire que ces acquis étaient inaltérables. Or il faut exercer une vigilance constante ».

On ne peut pas rejeter les politiques

Notre système démocratique souffre. « Si les citoyens ne viennent plus voter, on arrête tout et on regarde ce qui se passe. Toute la démocratie repose sur le vote. C’est un problème qu’on ne peut pas laisser courir ! Mais on ne peut pas rejeter les politiques, parce qu’on est dans un système où l’on ne peut pas s’en passer ».

Le pouvoir confisqué par une élite qui dicte ses règles

« Peut-être devrait-on faire comme dans la société grecque antique et tirer au sort nos élus, suggère Thierry Receveur. Ce qui éviterait que le pouvoir ne soit confisqué par une élite, où tous les candidats sortent de la même école. Et si un élu ne se sent pas à la hauteur, il représente au moins les gens de sa classe sociale ou professionnelle« .

Au début, il y des chances de déradicalisation

Et de conclure : « Il faut aller chercher les décrocheurs, prévenir les exclusions. Dans un société libérale, il n’y a pas d’égalité des chances, mais on peut se battre pour une égalité des droits. C’est nécessaire mais pas suffisant. Il faut aussi agir tôt. Au début, on a des chances de les dé-radicaliser, mais si on intervient trop tard, ce n’est plus possible. Il faut aussi qu’ils puissent être intégrés dans une activité et un groupe social ».

Apprendre le sens critique

Il faut essayer de conduire les jeunes sur les chemins de la pensée critique.  Les gens qui doutent sont des gens qui réfléchissent. Il faut que le doute s’immisce dans le raisonnement, à condition d’en sortir. Il ne faut rien admettre qui ne soit passé par le filtre de son propre entendement« . Le sens critique reste malgré tout l’arme la plus efficace.

http://www.actu88.fr/radicalisation-le-ciel-attendra-mais/

B.Boulay

Journaliste, c'est mon job ! J'aime les rencontres qu'il suscite, la diversité des milieux où il nous mène, les enjeux qu'il explore. J'apprécie le jeu de fil de fériste de l'éthique, qui parfois nous complique bien la vie... Après plus de 15 ans d’actualités locales, ACTU 88 est né. L’essentiel en toute simplicité. ACTU 88, c’est un journal indépendant, une aventure, un regard. C’est l’histoire d’hommes et de femmes qui donnent du sens à des projets. C’est la vie d’un territoire face aux enjeux de l’avenir. Faites-en un favori et contactez-moi ! ACTU 88 sera ce que vous en ferez ...

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