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Remiremont – Ils racontent ce qu’ils subissent !

Ils étaient là près de 80 personnes sur le parvis de la Basilique en face du commissariat pour dénoncer les discriminations répétées que certains d’entre eux subissent depuis plus de 2 voire 3 ans, parce qu’ils sont noirs, musulmans, typés, jeunes ou d’un quartier sensible.

« J’habite un appartement à 100m du commissariat, témoigne un jeune homme, je suis français et j’ai des choses à dire ! Depuis janvier, j’ai eu 5 contrôles. Ils prétendent que je suis mal garé, une autre fois c’est un contrôle de stupéfiants, une troisième un contrôle d’alcoolémie. Je me suis même retrouvé au Tribunal avec une amende de 135€ pour défaut d’assurance, parce que je n’avais pas encore fait la régularisation administrative. Mercredi à 21h30, je vais boire un verre avec des copains au centre ville, une voiture de police fait marche arrière et nous contrôle comme des cowboys. Cette attitude de « c’est moi qui ai l’autorité et toi tu n’as qu’à la fermer », ce n’est pas normal !« , s’insurge-t-il.

Il pense que ça vient de lui

Caroline, elle, est également venue témoigner pour son fils, parce qu’elle en a assez qu’il pense que c’est son attitude qui attire ces contrôles systématiques. « Mon fils a aujourd’hui 31 ans. Il travaille au Luxembourg et habite Thionville, explique-t-elle, il est adopté et noir. Les contrôles ont commencé dès qu’il a eu 14 ans et s’est baladé avec sa mobylette. Depuis, ça n’a pas arrêté ! Quand il revient à Remiremont, ça recommence. Il a été tranquille quelques années quand il était engagé dans l’armée parce que sa carte militaire, faisait sesame »

Moins on voit la police, mieux c’est !

« Il finit par avoir l’impression que c’est lui qui induit ce comportement, explique-t-elle. Il a une image faussée de la police et pense que moins on les voit, mieux on es porte. Ce n’est plus la police qui nous défend, ça devient celle qui s’acharne toujours après les mêmes personnes. Il n’a jamais déposé plainte. Il pense que ça ne sert à rien ».

PV à répétition pour stationnements

Fadila est noire, dynamique. Elle n’a pas la langue dans sa poche ! Elle est mariée à un Français. « Quand mon mari passe en voiture, il n’est jamais arrêté, mais si je suis derrière, je me fais contrôler à tous les coups et quand mon petit frère noir est à coté de lui, c’est à lui qu’on demande ses papiers, pas au conducteur !  » Elle se plaint des PV à répétition. Elle en a eu 3 d’affilée pour le même emplacement, 2 décrétés « stationnement dangereux » et le 3e que n’était pas retenu comme dangereux.

Les lampes dans la figure

Pendant le Ramadan, les mamans descendent quand il fait chaud, s’asseoir sur les bancs et discuter au pied des immeubles du Rhumont. Cette année, il était vers 23h, « Les policiers nous mettent les lampes dans la figure et quand ils nous contrôlent, ils nous regardent de travers et nous parlent comme à des chiens ». « Tous les agents ne sont pas en cause mais plusieurs d’entre eux et toujours les mêmes, 3 qui sont agressifs et 2 qui suivent le mouvement« , remarquent les témoins assez unanimement.

Je ne pense pas être en infraction

Linda est encore bouleversée à raconter ce qu’elle a vécu au mois de septembre dernier. « J’étais à l’arrêt, avec les warning, devant chez moi en attendant mon fils. Un policier vient vers moi : Qu’est ce que vous faites là ? Je lui dis : Bonjour, je ne pense pas être en infraction, j’attends mon fils devant chez moi ». Mais la remarque n’a pas plu. « Celle-là ,je vais me la faire », aurait-t-il rétorqué avant d’enchaîner :  « Arrêtez votre moteur, sortez de la voiture. Vous êtes verbalisable, vous êtes au téléphone ! ». Ce qui n’était pas vrai.

Il a pris mes papiers avec tant d’énervement qu’ils ont été déchirés

« Je n’avais pas mon permis sur moi. Je suis allée le chercher et j’ai refusé la verbalisation. Il a pris mes papiers tellement violemment qu’ils se sont déchirés, alors que je tenais encore l’autre partie. Mon fils arrivé entre temps a vu la scène. Il a compris que j’étais malmenée. Il a appelé mon mari et l’agent a voulu lui coller un outrage parce qu’il l’avait tutoyé ». Depuis qu’ils ont repéré la voiture, les PV tombent pour stationnement gênant sur un parking privé, juste le temps de récupérer une commande ou pour le carnaval vénitien à 12h23, alors que c’était interdit à partir de 12h30.

Ça va trop loin …

Raynald, un jeune, raconte sa fouille, plaqué les mains sur la voiture. Les policiers le palpent dans une fouille au corps mais il trouve qu’ils s’attardent trop sur ses parties et il proteste que « ça va trop loin ». Le policier l’attrape, lui plaque la tête contre le grillage à tel point qu’il en a le menton ouvert. Il sera placé en garde à vue pour outrage et violence sur un agent. Il a dû aller devant la justice et a pris une amende de 250€, alors que pour lui, la victime, c’est lui ! Sans compter environ les 3 contrôles par mois, qu’il doit subir.

3 plaintes pour harcèlement sur la plateforme IPGN

Pour Idrisse, ce sont des menaces qu’il prend très au sérieux de se faire tirer dessus s’il redescend vers le rond-point trop vite. C’est une patrouille de l’après-midi qui est pointée par tous. Aziz a décidé de ne pas se laisser intimider. Il porte plainte avec preuve à l’appui. « J’ai déposé 3 plaintes pour harcèlement sur la plateforme IPGN, explique-t-il, et une autre pour vol de papier, parce que les policiers sont partis avec mes papiers. Par la suite, ils ont prétendu ne pas les avoir ».

A chaque fois que je les conteste, ils sont annulés

« Je suis chef d’entreprise, poursuit-il. Une fois, j’ai retrouvé les policiers dans mes locaux. Ils ont prétendu que la porte était ouverte. J’ai déjà été entendu par les instances de la plateforme pour les plaintes, confronté et je subis des représailles. Le 12 juin, le police m’oblige à me stationner pour un contrôle et me colle un PV de stationnement gênant de 135€. A chaque fois je les conteste et les preuves sont suffisantes, pour que les PV soient annulés. Une autre fois, ils prétendaient que je n’avais pas présenté mon assurance, or quand c’est le cas, il garde la carte grise en attendant et j’avais bien ma carte grise en main ».

Ils cherchent à nous contrôler jusqu’à trouver la faute

« Ils veulent marquer leur territoire, Parfois, on se bouscule ! Maintenant, j’en ai assez, l’autre jour, j’ai refusé d’obtempérer et quand j’ai voulu m’arrêter, ils m’ont accroché le parechoc. J’ai des enregistrements qui permettent d’entendre leurs paroles et de voir de qui il s’agit. Pendant le Ramadan, quand il vous arrête, vous en avez pour 20mn  et s’il reste 10 mn pour manger ou boire, vous avez « les boules » ! Ils cherchent à nous contrôler jusqu’à la faute. »

On veut que le maire vienne nous voir !

« Le maire est venu chercher nos voix, on les lui a données, mais maintenant, on veut qu’il vienne nous voir, qu’il entende ce problème et fasse ce qu’il faut pour le régler ! », insiste Fadila. La table ronde pour des raisons de congés des uns et des autres, ne pourra avoir lieu qu’en septembre, mais les habitants comptent bien sur la venue du maire ce jour là pour résoudre ce problème et leur montrer un peu d’intérêt !

« Quelques-uns outrepassent leurs droits »

« Certains d’entre-nous sont maltraités par certains policiers de cette ville, s’insurge le Comité Vérité et justice. Cela ne concerne que quelques-uns d’entre eux, qui utilisent l’autorité que leur confère leur fonction pour outrepasser leurs droits et pratiquer des contrôles au faciès, des contrôles répétés sur la même personne et/ou sur le même véhicule, des contrôles d’identité « musclés » avec fouille sur des jeunes qui ont le tort de rentrer tard le soir chez eux, des contrôles de groupes de femmes en train de discuter et de groupes de jeunes, des contrôles de véhicules qui se transforment en séances d’humiliation sur les personnes ».

Peur de ne pas être entendus

« Des témoignages multiples font remonter ces comportements à l’année 2015. Nous savons qu’il est difficile pour les victimes de se plaindre. Leur parole est toujours mise en doute, tandis que celle du policier jamais. De plus, la peur de représailles n’est pas étrangère au silence dans lequel se réfugie les victimes. Mais les familles redoutent que les plus jeunes ne réagissent violemment aux provocations ».

Un dossier sera déposé auprès du défenseur des droits

Le Collectif s »adresse aux autorités de cette ville, aux responsables de la sécurité publique pour qu’ils prennent la mesure de la situation, réagissent au plus vite et fassent cesser ces pratiques indignes d’un monde civilisé.  Il a engagé la constitution d’un dossier, afin de saisir le défenseur des droits. Ci-joint le courrier adressé au préfet.

Courrier-au-Préfet1 Courrier-au-Préfet2

http://www.actu88.fr/remiremont-le-comite-verite-et-justice-denonce-le-comportement-discriminant-de-quelques-policiers/

http://www.actu88.fr/securite-le-directeur-de-la-securite-na-pas-delements-precis-actant-de-discriminations/

B.Boulay

Journaliste, c'est mon job ! J'aime les rencontres qu'il suscite, la diversité des milieux où il nous mène, les enjeux qu'il explore. J'apprécie le jeu de fil de fériste de l'éthique, qui parfois nous complique bien la vie... Après plus de 15 ans d’actualités locales, ACTU 88 est né. L’essentiel en toute simplicité. ACTU 88, c’est un journal indépendant, une aventure, un regard. C’est l’histoire d’hommes et de femmes qui donnent du sens à des projets. C’est la vie d’un territoire face aux enjeux de l’avenir. Faites-en un favori et contactez-moi ! ACTU 88 sera ce que vous en ferez ...

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