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Marvin – Première projection et déjà 1000 spectateurs !

Marvin, le film d’Anne Fontaine tourné dans les Vosges était présenté pour la première fois en public ce jeudi soir aux Cinés Palace d’Épinal et a déplacé 1000 spectateurs, qui n’ont pas hésité à poser leurs questions à la réalisatrice et aux 3 acteurs présents, Jules Porier, Finnegan Oldfield et Grégory Gadebois.

Si l’engouement pour ce film peut s’expliquer parce qu’il a été tourné dans les Vosges et représente pour les Vosgiens, une aventure qu’ils ont pu suivre lors du tournage, il a convaincu ! « Un film particulièrement émouvant », « bouleversant », « juste« , commentent les spectateurs.

Face au miroir

Marvin est face au miroir de sa vie. Il s’y plonge jusqu’à s’y perdre. Il brosse ses sourcils. La seule chose qui est visible est son physique. Flash back, on est dans la cour du collège avec un gamin isolé, solitaire, le regard lointain, à la fois absent à la réalité et très aiguisé pour noter la bretelle de soutien gorge de la maman qui dépasse, le père assis, embrumé dans une expiration de fumée.

Jouer sa vie

Les frites, les bières, la fête foraine, la violence, un zeste de caricature heureusement tempérée par beaucoup d’humanité et ce qu’il faut de dérision. On suit la fascination de Marvin pour les corps masculins, le harcèlement des autres gamins, l’incompréhension de son père, l’aveuglement de sa mère, puis la révélation du théâtre. Être soi et un autre, jouer sa vie pour la distancer. Les miroirs et les reflets reviennent en fil rouge, souvenirs qui remontent à la surface de la conscience.

Des rencontres qui font la différence

Des rencontres émaillent sa vie et induisent son cheminement : une enseignante de Français qui le fait improviser, la principale qui lui propose la classe de théâtre et le fait répéter, les amis à qui il cache sa vraie nature, Abel qui parle de l’isolement de l’ado qui découvre son homosexualité. « Quand est-ce qu’on réfléchit ?« . Est-ce que la vie, c’est seulement saisir des opportunités ? L’effet jaguar tout en apparence ? D’isolé, introverti et mal à l’aise, il esquisse enfin quelques sourires ! On le sent plus léger quand il accepte ce qu’il est.

Famille, quand tu nous tiens !

Marvin improvise sur son vécu, mais Isabelle Huppert demande un texte. Il sort alors le cahier où il  déverse le trop plein de son vécu, ses parents, sa naissance des entrailles de sa mère qui n’a pas compris qu’il arrivait, « une mère malgré elle, comme toutes les mères qui le sont devenue trop tôt », une mère qui s’est aussi sentie seule, différente, un père à qui on a appris que PD c’est un truc de dégénéré, mais qui reconnait qu’il « faut des couilles pour faire ce que tu as fait ».

Elle ne lâche rien !

« Anne Fontaine, sait ce qu’elle veut, elle ne lâche rien » commente Finnegan Oldfied, le Marvin devenu jeune adulte. Il raconte un tournage intense, bien cadré et très préparé. « Tous les personnages sont très complexes avec des cotés qu’ils essaient de fuir et la volonté de trouver du sens à leur univers. Dans un premier temps, Marvin doit s’éloigner de sa famille pour comprendre qui il est et avoir la possibilité d’évoluer ».

Tous, à un moment, on se sent différent …

« Le message dans lequel je me retrouve, c’est le fait que tous, à un moment de notre vie, on se sent différent, poursuit Finnegan Oldfield. Il faut des rencontres pour se construire, pour révéler notre potentiel. Ce n’est pas facile de se réaliser, mais il y a toujours moyen d’avancer et de se réconcilier. Il ne faut pas fermer la porte à sa famille, parce que quelle qu’elle soit, elle reste votre famille et vous êtes lié à elle ». Et travailler avec la grande Isabelle Huppert ? « Pas si impressionnant que ça, avoue-t-il. Elle est très technique et contrôle tout, mais Anne Fontaine est plus redoutable ! ».

Un travail de camélon

Jules Porier joue Marvin enfant et se révèle d’une grande justesse avec un regard intense qui en dit long ! C’est son premier rôle. Il a dû passer 4 ou 5 castings pour être retenu, mais ce petit Marvin est prodigieux ! « C’est une super expérience. Épinal, c’était génial ! », confie-t-il avec enthousiasme. Il a dû faire « un travail de caméléon » avec Finnegan Oldfield pour être sur le même feeling. Quant à Grégory Gadevois, le père, il a un rôle tout en finesse, rustre, costaud et d’une sensibilité bien enfouie. Il est la preuve que les comportements peuvent évoluer, puisque lui ne bat ni ses enfants ni sa femme, alors qu’il a été battu enfant.

Une âpreté sensuelle

C’est lui qui avait joué 2 fois à Bussang et s’est mis à parler avec un accent vosgien. Ce fut le déclencheur ! Les Vosges, pourquoi pas ? « J’y ai trouvé une âpreté qui cache une poésie et de la sensualité. Il y a comme une respiration, des couleurs, de la beauté. Pour avoir le courage de l’émancipation, il faut que Marvin trouve une énergie quelque part, explique Anne Fontaine. Les vosgiens ont des personnalités compliquées mais quand ça marche, c’est merveilleux ! Ils ont le sens du jeu et du ludique ».

Sortir de sa condition sociale

Elle enracine ses personnages dans une quête de véracité. « Marvin est dans un parcours initiatique et grâce à la culture et à l’art, il peut dépasser les limites de sa condition sociale. C’est frappant comme en France, malgré ce qu’on prétend, on a du mal à sortir de sa classe sociale. Mais rien n’est perdu et la culture peut sauver n’importe quel mauvais départ ! Elle provoque une ouverture. Il y a quelque chose qui vibre et qui lui permet de s’échapper d’un milieu qui l’étouffe ».

Jardiniers d’une éclosion

Les figurants et les vosgiens qui ont facilité la réalisation de ce film comme le principal du collège de Xertigny ou la maire de ce village, Véronique Marcot en ont découvert ce soir le rendu final. « J’ai découvert un film plein de poésie, avec de la retenue et un message en hommage au métier d’enseignant, car même si elle est chahutée, la prof de français est accoucheuse de vocation et la principale jouée par Catherine Mouchet accompagne cette éclosion », commente le principal.

À la Mostra de Venise dans 2 jours !

« C’est une joie de voir cette curiosité, avoue Anne Fontaine. C’est très émouvant de se livrer pour la première fois au public, surtout à l’endroit où le film a été réalisé ». Édouard Louis n’a pas encore vu le film adapté de son roman, même si Anne Fontaine rappelle qu’elle n’en a repris que la trame pour développer sa propre interprétation du sujet.  Avec un budget de 7M€, Marvin se situe dans la moyenne des films français. Il sortira en salle le 22 novembre, mais avant, il sera en compétition à la Mostra de Venise  (festival international du film de Venise).

 

B.Boulay

Journaliste, c'est mon job ! J'aime les rencontres qu'il suscite, la diversité des milieux où il nous mène, les enjeux qu'il explore. J'apprécie le jeu de fil de fériste de l'éthique, qui parfois nous complique bien la vie... Après plus de 15 ans d’actualités locales, ACTU 88 est né. L’essentiel en toute simplicité. ACTU 88, c’est un journal indépendant, une aventure, un regard. C’est l’histoire d’hommes et de femmes qui donnent du sens à des projets. C’est la vie d’un territoire face aux enjeux de l’avenir. Faites-en un favori et contactez-moi ! ACTU 88 sera ce que vous en ferez ...

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