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Sécurité sociale – Une question qui relève de la responsabilité citoyenne et républicaine

La Sécurité sociale a fêté ses 70 ans. Le système est tellement ancré dans le quotidien qu’on n’imagine même plus le combat que des hommes ont mené pour la mettre en place. Gilles Perret avec ce documentaire, en restitue le sens et les valeurs, rend à Ambroise Croizat, un communiste, la paternité du dispositif et à la CGT, la mobilisation massive qui a permis son installation rapide.

Le film s’ouvre sur un nonagénaire malicieux, un ancien responsable CGT de Haute Savoie ,« un des derniers poilus de la Sécu ». Il a 96 ans. Il a été de l’aventure. Très jeune ouvrier métallurgiste à l’époque, avec un père « ouvrier révolutionnaire », il est rôdé dès ses premiers pas dans le monde du travail à la lutte ouvrière. « Chez nous, on doit défendre nos intérêts. C’est la bataille de la vie ». Et il continue, à 96 ans, à défendre cette institution obtenue de haute lutte.

Ambroise Croizat, l’illustre effacé

Le nom d’Ambroise Croizat, ministre du Travail dans le 1er gouvernement de l’après-guerre, n’est mentionné nulle part. Même pas au sein de l’établissement parisien, alors que celui de Pierre Laroque, un gaulliste qui a seulement mis en place le système imaginé par Croizat, donne son nom à un amphithéâtre. Une omission juste parce que Ambroise Croizat était communiste ??? Visiblement, cet homme dérange jusqu’au ministre du Travail, François Rebsamen qui préfère évoquer le général de Gaulle.

Un régime géré par les travailleurs

Ambroise Croizat n’a pas inventé la sécurité sociale, il a rassemblé en une seule caisse toutes les formes d’assurance sociale et l’a financé par une cotisation interprofessionnelle à taux unique. Ce régime de couverture sociale mutualise une part importante de la valeur produite par le travail, mais en plus, il en a confié la gestion aux travailleurs eux-mêmes. 2 révolutions !

La peur du lendemain

« L’univers ouvrier en 1945 était très proche de la misère de Germinal. Les ouvriers vivent dans la peur de l’accident. Comment vivront-ils s’ils sont malades ou accidentés ? Au milieu de la fournaise des hauts-fourneaux, dans leur tenue ignifuge, ils risquent l’accident tous les jours. Et la retraite est l’antichambre de la mort », raconte Jolfred Frégonara. Ambroise Croizat qui a connu les camps d’Alger pendant la guerre parce qu’il était communiste, veut libérer les ouvriers de cette peur au ventre.

7 communistes à l’Assemblée

On est en 1945. La France est meurtrie par une guerre qui a duré. Tout n’est plus que ruine.  On voit alors émerger la rébellion d’une classe ouvrière qui a décidé de prendre le pouvoir et s’organise. Elle gagne les rangs de ceux qui votent les lois. 7 « députés en casquette » (les communistes, représentants du peuple) rejoignent les 65 autres. Ils sont sur le terrain à l’écoute des ouvriers et à l’assemblée pour faire passer les lois.

Une société plus juste et solidaire

La Sécurité sociale est issue du Conseil National de la Résistance. Elle est née de la volonté d’organiser une nouvelle société plus juste et solidaire et fait l’objet d’un consensus entre les 4 grandes familles politiques. Les 4 et 19 octobre 1945, les ordonnances de base de la Sécurité sociale sont promulguées par le gouvernement du Général de Gaulle. Ambroise Croizat est nommé Ministre du travail pour l’appliquer.

Organiser en quelques mois

Le principe est qu’on reçoive selon ses besoins et qu’on donne selon ses moyens. « La Sécurité sociale, c’est le droit de vivre tout simplement. Nous avons retrouvé notre dignité, c’est ce que nous a offert Croizat ». La CGT a compris l’enjeu de cette réforme. Il fallait organiser en quelques mois un système complet assurant le versement des cotisations « patronales » et le service des prestations dans les trois branches : maladie, famille, retraite. Jolfred Frégonara mettra en place la caisse de Haute Savoie.

La CGT au boulot

Les syndicalistes CGT travaillent d’arrache-pied dans tous les départements. « Le peuple devient bâtisseur ». Si les besoins sociaux sont considérables, les oppositions ne le sont pas moins ! « Le patronat s’y opposent. L’Église craint de perdre l’influence qu’elle exerce par le biais de ses oeuvres ­caritatives. Des caisses de secours locales rechignent. La CFTC fait un pas de côté ». Mais il y a une formidable détermination. Les syndicalistes y croient. Cette nouvelle société solidaire, ils la veulent et ensemble, ils sont forts.

La santé n’est pas une production !

Gilles Perret donne la parole à des historiens des institutions sociales et à l’actualité, à travers un médecin hépatologue qui déplore que l’économie prenne le pas sur la politique et que l’on parle de parts de marché pour l’hôpital ! Le service de la santé ne devrait pas être marchandisé ! « On perd notre âme à travailler pour les tarifs, témoigne-t-elle. La santé ne peut se traiter comme une production et on déguise le grand bond en arrière en le faisant passer pour un grand bond en avant« .

Préférer la capitalisation à la répartition

Conçue dans un souci d’égalité entre les individus, la sécurité sociale a fait baisser le taux de mortalité infantile. Elle a prolongé notre espérance de vie. Pour Philippe Martinez, secrétaire national de la CGT, elle doit être « sacralisée ». « C’est une synthèse des valeurs républicaines », insiste le Jean-Claude Mailly, secrétaire général FO. Mais on prend peur quand Denis Kessler, le PDG de Scor réassurance martèle « qu’il faut préférer l’accumulation à la redistribution » ou qu’il assène : « Je préfère la capitalisation à la répartition« .

Veut-on laisser une partie de la population en rade ?

« Nous n’avons pas en France, le système le plus socialisé. Nous avons un système hybride à la fois très socialisé mais qui a laissé la place aux acteurs de l’économie financière. Quelle régulation veut-on ? Quel projet de société ? Est-on prêt à abandonner une partie de la population et à la laisser en dehors du Bien-être collectif ? La lutte des classes existe bien et c’est la classe dirigeante qui est en train de la gagner », commente Olivier Nabille, responsable sécurité sociale de l’union des familles laïques.

Reprendre le pouvoir aux travailleurs

L’enjeu est politique. « Il faut nous sortir du débat des gestionnaires ! » »La Santé doit rester un bien public ». Et « Les attaques contre la sécurité sociale sont des attaques contre la démocratie », estime-t-on dans la salle. « De 1946 à 1961, avec ce dispositif, les ouvriers ont apporté la preuve que des travailleurs organisés pouvaient détenir le pouvoir, souligne Bernard Friot. Reprenez la pêche, nous n’avons pas encore perdu ! »

Le trou, une fable !

« Les travailleurs gèrent 335 milliards d’€ de prestations sécurité sociale sur les 700 milliards du total des prestations, ce qui représente 15% du PIB pour un coût de 2 milliards d’€ de gestion, poursuit-il. Les mutuelles gèrent 28 milliards d’€ pour 11 milliards d’€. Supprimons le remboursement par les mutuelles et rendons cette somme à la caisse primaire d’assurance maladie et le déficit de 10 milliards sera comblé ».

De la responsabilité citoyenne et républicaine

« Le trou de la sécurité sociale, dont on nous rabâche les oreilles, est une fable ! C’est une campagne parce qu’il faut bien prouver qu’il n’est pas possible de produire autrement que dans le système capitaliste », argumente encore Olivier Nabille. Il faut justifier ce besoin de réformer le système. « Pendant un an les travailleurs communistes ont fait des merveilles, parce qu’ils étaient déterminés à prendre le pouvoir économique et à le gérer dans l’intérêt de tous, insiste Bernard Friot. La sécurité sociale, c’est une question qui relève de la responsabilité citoyenne et républicaine ».

B.Boulay

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