Tchernobyl – « On vit le désastre 28 ans après ! »

« Tchernobyl, ce n’est pas fini ! On ne peut pas tourner la page. On vit le désastre !« , témoigne Yves Lenoir, président des « Enfants de Tchernobyl Belarus ». Il était vendredi soir au Centre Léo Lagrange pour présenter l’opération « Tchernobyl Forever », un projet de livre DVD produit collectivement pour soutenir Belrad, l’institut qui vient en aide aux enfants contaminés.

« Avant Tchernobyl, 15 à 20% des enfants étaient malades, observe Yves Lenoir. Aujourd’hui, ils sont 80 à 85%  ! ». Le Nord de l’Ukraine et l’intégralité du Belarus ont été touchés par les retombées du nuage radioactif suite à l’accident nucléaire du 11 mars 1986 à Tchernobyl..

Toujours contaminés

Les autorités sanitaires de l’ONU n’ont reconnu que 30 décès et 4000 cancers de la thyroïde. Mais sur place, Belrad observe une dégradation générale de l’état de santé des populations. Les enfants scolarisés aujourd’hui n’ont pas été irradiés, mais ils sont contaminés.

9 centres de radioprotection et 3 unités mobiles

C’est là que Belrad, institut de radioprotection indépendant, intervient. Il a été créé par Vassili Nesterenko,  qui était directeur de l’Institut de l’énergie atomique de l’Académie des sciences du Bélarus et a été limogé de son poste parce qu’il était jugé trop alarmiste. Il s’est alors consacré  à aider les enfants contaminés jusqu’à sa mort le 25 août 2008. Il a organisé 370 centres locaux de contrôle radiologique et formé médecins, infirmiers et enseignants à la radioprotection. Ils étaient financés par le comité Tchernobyl du gouvernement qui s’est désengagé. Aujourd’hui, il n’en reste que 9 sur les villages les plus à risques et 3 unités mobiles, payés par « Les enfants de Tchernobyl ». « C’est 8% du Belarus où tout est contaminé ».

Gibier, poisson et champignons très radioactifs

Ce personnel mesure le taux de contamination des enfants dans les écoles et apprend à leurs familles à se protéger de la radioactivité.  Le gibier, le poisson et les champignons présentent des taux de radioactivité très lourds. Des taux de 275 000 Bq/kg et 268 000 Bq/kg ont été détectés dans des champignons en 2011 près du village de Valavsk (district de Yelsk) et en 2012 dans le district de Khoïniki. Le bois est également fort irradié et les cendres épandues dans les jardins propagent rapidement la contamination. Les fruits en général ne sont pas contaminés, parce que le Cesium restent en superficie, alors que les arbres vont chercher leur nourriture en profondeur.

De la pectine de pomme

Si l’enfant est fort contaminé, l’institut fournit de la pectine de pommes. Cet additif multiplie par 3 à 4 la vitesse d’élimination du Césium. Mais ça représente 15% du budget de l’institut. Si la contamination n’est pas trop forte, on apprend à la famille à se protéger. « Préparer les aliments en les faisant tremper dans l’eau salée et en les laissant macérer, puis en retirant l’eau qui a retenu le Césium, permet de diminuer la charge de radioactivité de 90%. Mais maintenir la persévérance des mères de famille pendant 28 ans, est très difficile« , constate encore Yves Lenoir.

Du strontium aussi

La contamination au strontium inquiète l’institut car elle est difficilement détectable. »On ne peut mesurer que la nourriture et le détecteur coûte cher« . Et de poursuivre : « Le gouvernement dit qu’il n’y en a pas, mais nous, nous le mesurons ! C’est 1 à 3 becquerels par kilo de nourriture à certains endroits. Il faut 3600 jours pour éliminer 63% de la charge du strontium ». Le strontium déclenche des leucémies et des ostéosarcomes (cancers des os).

Les malformations multipliées par 2

« Les rapports de l’ONU sont faux, insiste le conférencier. On a fait des études sur la mutation génétique sur les rats, mais on ne peut pas les finaliser « . Il regrette qu’il n’y ait pas de volonté politique pour connaitre l’évolution génétique, suite à la contamination. « Le taux de malformation est multiplié par 2″. C’est une constatation, mais impossible d’étudier ce qu’on nie. « Il serait multiplié par 6 pour les liquidateurs, qui interviennent pour nettoyer et sécuriser les sites accidentés« . Yves Lenoir parle également des bébés qui développent de plus en plus fréquemment un diabète insulino dépendant, simplement parce que leur mère les allaite. Ils étaient protégés par le placenta, mais sont contaminés par le lait maternel contaminé.

La pire catastrophe !

« Tchernobyl est la pire catastrophe par rapport à la radioactivité, conclut le conférencier. Le nucléaire civil est beaucoup plus dangereux que le nucléaire militaire. 5 réacteurs ont déjà explosé sur 450 qui existent dans le monde« , conclut Yves Lenoir. Un accident nucléaire est irréversible. Il faut maintenant vivre avec ses conséquences. « 20 ans d’électricité vaut-il des milliers d’années de contamination ?« interroge-t-il ?

Besoin de soutien et de dons

L’Institut Belrad emploie une trentaine de personnes faiblement rémunérées grâce aux dons. En secourant les populations du Bélarus, Belrad a une action capitale pour l’humanité. C’est le seul témoin scientifique indépendant des conséquences sanitaires d’un accident nucléaire majeur.

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