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« Le nucléaire ? Une bombe de Damoclès au-dessus de la tête ! »

Samedi au magasin Cultura d’Épinal, Antonio Pagnotta présentait et dédicaçait son livre « le dernier homme de Fukushima » et des photos qu’il a prises sur place dans la zone interdite. Une interpellation sur les conséquences du nucléaire.

Mars 2011. Un tsunami, des vagues de 10m et une catastrophe nucléaire. Si un pays se remet d’une catastrophe naturelle, il ne se remet jamais d’un accident nucléaire. C’est la réalité du Japon aujourd’hui !

Après l’explosion du réacteur de Fukushima Daïichi, les habitants ont été évacués de la zone interdite, c’est à dire  des 20 km autour de la centrale.

Le dernier habitant de la zone interdite

Naoto Matsumura, un fermier de 51 ans, a continué à vivre sur place et quand on lui a demandé d’évacuer, il subissait les radiations depuis 1 mois. Sa famille n’a pas voulu l’accueillir par peur de la contamination. N’ayant nulle part où aller et ne voulant plus affronter ce rejet, il décide de privilégier « son identité et son honneur ». Sa terre porte ses racines, son histoire, elle porte ses ancêtres. Naoto Matsumura résiste et reste sur place. C’est le dernier habitant de Tomioka, une commune de la zone interdite.

Antonio Pagnotta, photojournaliste, l’a rencontré et suivi dans sa vie de tous les jours, son activité, ses réflexions. Fasciné par « cette figure » qui s’impose, il se concentre sur lui.

Il s’occupe des animaux oubliés

Sur la zone interdite, il n’y a plus d’eau, ni d’électricité. Naoto Matsumura récupère l’eau des montagnes et s’éclaire à la bougie. Dernier homme au milieu du désert, il nourrit les animaux abandonnés, qui ont survécu. Avec eux, s’établit une sorte de complicité. Tous sont engagés dans le challenge de la survie. en décembre, il a lancé un appel sur Youtube quand il n’avait plus d’argent pour les nourrir et il a reçu des dons du Japon, d’Allemagne et des Etats-Unis.

Les habitants de la zone interdite ont été évacués. Ils ont tout perdu ! Et ils n’échapperont pas aux conséquences de la contamination, même s’ils ont choisi de l’oublier pour arriver à vivre.

Résistance !

Antonio Pagnotta nous raconte Naoto Matsumura, debout dans ce « No man’s land », qui aide à vivre ces animaux oubliés. Quand « tout fout le camp », lui se raccroche à la philosophie orientale des équilibres naturels, trouve sa force dans des choses simples, vitales et rejette cet univers industrialisé qui a provoqué sa perte. Pour lui, TEPCO, compagnie d’électricité exploitante de la centrale accidentée de Fukushima, est un criminel. Naoto Matsumura a perdu sa santé, mais garde son honneur et sa dignité. Il vit debout et prouve qu’on peut vivre autrement avec d’autres valeurs que la consommation. C’est ce qui fascine Antonio Pagnotta et force l’admiration de ceux qui ont entendu parler de lui.

Si ça se passait en France ?

La catastrophe de Fukushima prouve que les centrales ne sont pas sûres, comme les autorités essaient de le faire croire. Quand l’accident survient, plus rien n’est maîtrisé.

Antonio Pagnotta soulève l’hypothèse d’un accident nucléaire en France. Selon un rapport de l’IRSN, le coût s’élèverait à 430 milliards d’euros par réacteur explosé. Pour 2013, le budget voté n’atteint pas cette somme. « Le premier danger qui guetterait le Pays, analyse-t-il, avant même celui de l’irradiation de la population et la contamination de l’environnement serait l’effondrement de l’Etat. Le gouvernement se trouverait face à un choix sommairement résumé : vendre le château de Versailles pour dédommager les victimes ou abandonner la population irradiée à elle-même afin d’éviter la faillite de l’Etat. »

Fukushima, après Tchnernobyl, des « cas d’école »

« Aujourd’hui, dans la zone touchée par le panache radioactif, c’est l’abandon de la population qui prévaut. Elle n’a pas été évacuée, elle est restée confinée dans les villes contaminées : Minami-soma, Koriyama, Nihonmatsu, Hirono et la ville Fukushima.

Le déni du danger est l’aboutissement d’une campagne de communication intensive de l’Etat Japonais, affirme le photojournaliste. Pour la jeune génération, la situation se résume en une phrase : « À Hiroshima ce fut la colère, à Nagasaki la prière, et aujourd’hui à Fukushima, on exige notre silence. » A Fukushima, la centrale d’Oï a été redémarré et fonctionne sur une faille.

Un pays seul ne peut s’en sortir

Antonio Pagnotta démontre que n’ayant pas les moyens d’assurer une vraie décontamination et de soigner la population touchée, la France dans l’hypothèse de l’explosion d’un réacteur, pour survivre, devrait se limiter aux normes sanitaires. Une zone évacuée beaucoup trop restreinte pour être efficace. (Il faut un rayon de 80 km minimum). Des zones déclarées habitables à 20 mSv/an, des taux de radiation tolérés élevés dans la nourriture et des populations qui devraient se débrouiller pour s’auto protéger. « Un pays seul ne peut pas s’en sortir. La seule solution, c’est une aide internationale ».

Retour à la frugalité

Après 2 ans de reportage, Antonio Pagnotta en est sûr. Il n’y a qu’une solution, le retour à la frugalité, à la simplicité volontaire. La consommation à tout va n’est pas une fin en soi. Elle fait perdre les valeurs humaines et mène le monde à la catastrophe !

http://www.actu88.fr/fukushima-un-accident-nucleaire-ca-ne-se-repare-pas/

http://www.mediapart.fr/portfolios/photograohe/antonio-pagnotta

B.Boulay

Journaliste, c'est mon job ! J'aime les rencontres qu'il suscite, la diversité des milieux où il nous mène, les enjeux qu'il explore. J'apprécie le jeu de fil de fériste de l'éthique, qui parfois nous complique bien la vie... Après plus de 15 ans d’actualités locales, ACTU 88 est né. L’essentiel en toute simplicité. ACTU 88, c’est un journal indépendant, une aventure, un regard. C’est l’histoire d’hommes et de femmes qui donnent du sens à des projets. C’est la vie d’un territoire face aux enjeux de l’avenir. Faites-en un favori et contactez-moi ! ACTU 88 sera ce que vous en ferez ...

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